Pratiques esclavagistes et situation de travail forcé au Niger, des réalités au-delà de l’imagination

1789782799.jpgEn ce 21ème siècle, soit environ trois siècles après l’abolition de la traite négrière et la proclamation de la déclaration universelle des droits de l’homme, le travail forcé continue d’être une réalité.

Les chiffres du Bureau International du Travail (BIT) témoignent de l’ampleur du fléau : près de 21 millions de personnes, de part le monde, sont victimes du travail forcé ; dans l’économie privée, le travail forcé génère 150 milliards de dollars de profits illégaux par an. Le Niger n’est pas épargné par le phénomène et comptabilise ses milliers de victimes.

Le travail forcé, une situation qui touche les secteurs formels et informels au Niger

A l’instar de nombreux pays du monde, le Niger connait des situations de travail forcé. Selon une étude nationale menée par l’Institut National des Statistiques (INS) en 2009, plus de 54 000 ménages sont affectés par le travail forcé. Autrement dit au moins une personne (enfant, jeune ou adulte) est soumise au travail forcé dans ces ménages. Bien évidemment ces chiffres ne traduisent qu’une infime partie de la réalité du travail forcé au Niger.

Selon Samaila Ibrahim, Coordonnateur du Projet d’Appui à la lutte Contre le Travail forcé et la Discrimination (PACTRAD), c’est généralement dans le secteur informel (agriculture, bâtiment, travail domestique, prostitution, etc.) que « prospèrent ceux qui tirent profit du travail forcé. » Malheureusement ce secteur échappe au contrôle des pouvoirs publics. Ce qui fait que la réalité du travail forcé est très sous-estimée. 

Même le secteur formel n’est pas épargné, surtout dans le privé où la course à la compétitivité amène très souvent des employeurs à recourir au travail des enfants, aux travail des migrants illégaux et au travail forcé pour réduire les charges de production.

Le travail forcé ancré dans certaines traditions au Niger à travers la survivance des pratiques esclavagistes

Une autre manifestation du travail forcé au Niger se trouve dans le circuit traditionnel avec l’existence dans certaines zones et chez quelques communautés des pratiques esclavagistes.

Ces pratiques diffèrent d’une zone à une autre, selon les communautés.

Ainsi il existe l’esclavage actif ou archaïque qui est la pire forme où l’esclave est la propriété absolue de son maitre qui en dispose à sa guise comme un bien matériel.

Samaila Ibrahim explique « C’est l’esclave qui laboure le champ, garde les troupeaux, élève les enfants du maitre, accomplit tous les travaux ménagers, etc. Il ne peut se marier sans l’accord du maitre ». La pire forme d’esclavage est surtout répandue en milieu nomade plus précisément dans la société touarègue très hiérarchisée.

Quant à l’esclavage passif, il est surtout répandu à l’Ouest du Niger. Ici l’esclave ne fait pas l’objet d’exploitation économique directe ni de brimades physiques. Il a droit à la propriété, à l’exception de la terre même si ces dernières années, certains esclaves devenus riches en acquièrent. Cependant comme dans l’esclavage actif, les victimes font l’objet de discriminations basées sur leur descendance. Elles ne peuvent prendre époux ou épouses en dehors de leur classe sociale.

Enfin, il y a une toute autre forme d’esclavage connue sous le terme de « Wahaya » ou 5ème épouse. Cette pratique prétend tirer sa légitimité dans l’Islam qui consiste à prendre une 5ème épouse au-delà des 4 légalement autorisées pourvu qu’elle soit de souche esclave. Taillable et corvéable à merci, la Wahaya n’a pas droit d’héritage sur les biens de son époux. Cette pratique s’observe principalement dans les cours des chefs traditionnels et religieux mais aussi chezcertains riches.

En dépit donc de la Constitution et des lois nationales et supranationales qui garantissent l’égalité de tous les citoyens en droit,les pratiques esclavagistes sont toujours d’actualité au Niger et le travail forcé existe partoutdans le pays sous différents formes etsous des multiples facettes.

Oumarou KANE ABOU