Le trafic des personnes Un phénomène à risque élevé transformé en métier sur la frontière nigéro-burkinabé.

000_Par3362077_0.jpgA l’instar de plusieurs autres pays africains, le Niger a des frontières poreuses. Cet état de fait est source de plusieurs de trafic d’hommes et d’armes  notamment à la frontière entre le Niger et le Burkina Faso.

La commune rurale de Makalondi est située à 95 km de Niamey. Elle constitue l’une des frontières les plus proches de la capitale, Niamey. Sa position géographique a permis à certains individus de la localité des’infiltrer dans les réseaux des trafiquants d’hommes.

C’est un réseau informel et très difficile à détecter qui œuvre pour le passage de ces migrants au niveau de Kantchari (Burkina Faso) jusqu’à Niamey. Ce réseau prend sa source au niveau des différents pays d’origine des migrants jusqu’au pays de destination via Agadez. La plupart des migrants ont pour objectif d’atteindre l’Italie ou l’Espagne en passant par la Libye ou l’Algérie.

Selon M. AlmayaouSouley, un ancien passeur de migrants devenu aujourd’hui vendeur d’animaux. Le trafic des personnes est certes un métier très lucratif. Cependant, estime M. AlmayaouSouley, ce travail est exercé aux risques et périls de son pratiquant. « En effet,si vous pratiquez cette activité, vous êtes mal vu dans la société et plus précisément dans votre village et même dans votre propre famille. Vous êtes aussi  recherché par la police et, parfois, vous êtes parfois agressé parvos propres passagers, c’est-à-dire les migrants », ajoute-t-il.

Le trafic illicite des migrants est défini à l’article 3 duprotocolerelatif aux migrants comme étant « le fait d’assurer, afin d’en tirer, directement ou indirectement, un avantage financier ou un autre avantage matériel, l’entrée illégale dans un Etat Partie d’une personne qui n’est ni un ressortissant, ni un résident permanent de cet Etat. »

Certains jeunes deKantchari opèrent sur des motos Kaseas où ils prennent 5 à 10 OOO FCFA par migrant. Ils acceptent aussi des montres, des bijoux et des portables de haute qualité pour ceux qui ne possèdent pas d’argent sur eux.Ces trafiquants ignorent qu’ils encourent une peine de prison allant de 5 à 30 ans de prison ferme et une amende pouvant aller de 3 à 30 millions de FCFA.

« Et je ne sais pas pourquoi la police nous empêche de prendre ces gens pour avoir de quoi manger. Certains agents de la police prennent, eux-mêmes, 20 à 30 OOO FCFA auprès de ces mêmes personnes pour les laisser passer. Nous avons tous le même objectif : celui de les faire traverser la frontière pour atteindre Niamey », a laissé entendre un trafiquant qui a préféré garder l’anonymat.

M. Bouba Diop est un migrant que nous avons rencontré. Il marchait à pied entre les villages de Gnaktiré et Bantéridans la commune de Makalondice dimanche 12 juillet 2015. « Je viens du Sénégal, déclare-t-il, et c’est mon deuxième passage sur cette route. La première fois j’ai atteint Agadez, mais malheureusement on a été refoulé par les autorités nigériennes. Lors de mon passage précédent j’ai beaucoup souffert. Les policiers m’ont pris beaucoup d’argent pour le trajet de Niamey à Agadez. En outre, les soi-disant passeurs que j’ai trouvés entre Kantchari et ici m’ont torturé et m’ont arraché mes portablescar je n’avais pas d’argent. On nous envoie notre argent par Western Union. Il faut donc atteindre Niamey pour qu’on puisse recevoir de l’argent. Cette fois, je préfère traverser les différents postes de contrôle à pied. Mon sac se trouve actuellement dans un bus. Je le récupérerai à Niamey ».

Selon M. Daniel Woba, président de l’Association Nigérienne pour la Défense des Droits de l’Homme (ANDDH) au niveau de Makalondi, plusieurs campagnes de sensibilisationsur les dangers du trafic des migrantsont été menées à l’endroit des jeunes. En particulier, cette sensibilisation a été organisée lors de l’apparition de la maladie à virus Ebola». « Nous expliquons à ces jeunes qu’ils peuvent faire passer des individus qui portent de la drogue ou des armes sur eux » a abondé M. Daniel Woba.

TiémogoZakari