L’esclavage au Niger - Interview du Secrétaire Général Adjoint du Ministère de l’Emploi et du Travail.

no-image.jpgAu Niger, la question de l’esclavage n’est plus une question taboue. En effet, depuis plusieurs années certaines associations et acteurs de la société civile ont mené d’intenses combats pour lutter contre ce fléau.

Aujourd’hui c’est conscient de la gravité de ce phénomène que le gouvernement du Niger a ratifié toutes les conventions internationales et sous régionales relatives à la lutte contre la traite des personnes et celles relatives à la protection de l’enfant. C’est dans cette optique que le secrétaire général adjoint du ministère de l’emploi, du travail et de la sécurité sociale, le Socio-anthropologue Sani Yahaya Djanjounaa tenté de donner d’amples explications sur notamment la situation de l’esclavage dans notre pays.

Selon M. Sani Yahaya Djanjouna la première définition de l’esclavage est celle adoptée par la société des nations le 25 septembre 1926 qui stipule en son article 1que l’esclavage y est défini comme « l’état ou condition d’un individu sur lequel s’exercent les attributs du droit de propriété ou certains d’entre eux ».

Quant à la traite des esclaveselle est définie comme comprenant « tout acte de capture ; d’acquisition ou de cession d’un individu en vue de le réduire en esclavage ; tout acte de cession par vente ou échange d’un esclave acquis en vue d’être vendu ou échangé, ainsi que, en général, tout acte de commerce ou de transport d’esclaves ».Alors, ce sont ces deux types d’actes combinés qui constituent ce qu’on appelle les pratiques esclavagistes.

Abondant dans le même sens, ce dernier explique qu’au Niger l’esclavagisme se manifeste sous quatre formes. Il s’agit d’abord de l’esclavage actif où le maitre se confère le droit d’appropriation sur sa victime et peut commettre toutes sortes d’exactions sur elle, ensuite de la forme passive où l’esclave ne fait l’objet d’aucune brimade physique, ni d’exploitation économique directe et a droit à la propriété privée à l’exception de celui de posséder la terre.

Il ya également la forme qui aurait un fondement religieux et qui permet à un homme marié légalement à quatre femmes de prendre exceptionnellement une cinquième épouse qui doit être de souche esclave, la wahaya. A cette forme d’esclavage s’ajoute ce que le socio-anthropologue appelle lui-même « l’esclavage moderne » qu’on rencontre dans les entreprises, les sociétés et les administrations publiques ou privées où les droits des travailleurs sont bafoués et où les employés ne bénéficient souvent d’aucune protection et sont surexploités.

Cependant, la lutte contre ce fléau sera une lutte de longue haleine car se trouvant sur l’ensemble du territoire national.

En effet, le mariage de la wahaya sévit encore dans les régions du centre et du sud de notre pays et l’esclavage actif ou archaïque est répandu au nord dans les communautés touarègues et arabes. En fin  l’esclavage passif est caractéristique de l’ouest du Niger.

En guise d’exemple, selon M. Sani YahayaDjanjouna, dans les cours des chefs traditionnels on continue de parler « d’esclaves du chef », et « même lors des élections il n’est pas rare d’entendre coller l’étiquette d’ « esclave » à tel ou tel candidat par ses adversaires, histoire de ternir son image ou de rappeler des stéréotypes qui ont encore droit de cité au sein de nos communautés », a-t-il ajouté.

Afin d’éradiquer ce fléau, les chefs traditionnels s’étaient engagés à œuvrer dans le cadre défini par la conventionnuméro 29 de 1930 sur le travail forcé et l’abolition du travail forcé. Le 5 mai 2003, l’assemblée nationale du Niger a voté une modification du code pénal nigérien allant dans le sens de la criminalisation de l’esclavage.

Abondant dans le même sens, le secrétaire général adjoint explique qu’on parle d’aspect criminel si un maitre force son esclave à des rapports sexuels. Ce maitre encourt alors une peine allant de  5 à 30 ans de prison  plus une amende allant de 5 à 10 millions de FCFA. Et quand il frappe son esclave, on parle d’aspect délictueux et ce dernier encourt une peine de 2 à 5 ans de prison plus une amende allant de 500 000 à un million de FCFA.

Au terme de son analyse, le socio-anthropologue, M. Sani Yahaya Djanjouna estime que ces pratiques esclavagistes deviendront progressivement obsolètesen raison del’adoption des lois criminalisant l’esclavage et garantissant les droits des travailleurs défendus par les tribunaux de travail mais aussi parce que les jeunes générations ont tendance à considérer les gens en fonction des valeurs républicaines plutôt qu’en fonction de leur origine sociale.

Tiémogo Zakari